Le travail de Léa Barbazanges renoue avec les instincts les plus archaïques de l’art, avec la fascination des premiers hommes pour les curios, ces objets naturels (fossiles, minéraux, coquilles..) recueillis pour leurs formes insolites ou leur brillance et mis à l’abri dans des grottes. Curieuse, au sens fort de celle qui est à la fois fascinée et qui veut prendre soin, elle retravaille leur matérialité pour produire des sculptures, des « assemblages organiques », qui redoublent la plasticité de la nature. Ses réalisations s’inspirent à la fois de processus physiques, chimiques (accumulation, cristallisation…) et artistiques (dessin, collage, taille…) pour nourrir un imaginaire biomorphe, qui imprime ses propres formes au vivant. Il en va alors de son étonnement moteur comme de l’effet esthétique que ses œuvres produisent : la rencontre contemplative avec le « fantastique naturel », pour reprendre l’expression de Roger Caillois, agit comme un puissant stimulant de l’imagination par lequel éprouver, et peut-être réinventer, le rapport de l’homme à la vie.

Léa Barbazanges ne se satisfait pour autant d’aucune séduction facile et emploie souvent des matières organiques ordinaires, sinon villes. Son travail est porté par un désir, à certains égards romantique, de troubler les valeurs d’appréciation entre matériaux nobles et pauvres, de trouver l’or jusque dans la boue. L’aile de la mouche trouve par exemple sa dignité esthétique dans la mise en valeur de la finesse de ses nervations et des nuances de sa transparence grisée. De même, un voile réalisé en crépine de porc révèle le potentiel esthétique des viscères, dont la membrane ferait presque jeu égal avec la dentelle ou la soie. On retrouve cette réticularité, ce rhizome, dans des compositions à base de filaments de clémentine, qui, au même titre que les œuvres en dolomites (les rebuts d’une carrière à Satka), subliment le déchet pour en faire persévérer l’existence. Son refus du précieux atteint néanmoins ses limites face aux capacités métamorphiques du cristal, à la profondeur chromatique de l’or, aux veines du marbre ou à la délicatesse des pétales de coquelicot qui lui offrent l’occasion d’accorder la minutie de son exécution, la précision de sa technique, à la forme naturellement sophistiquée de son matériau.


Par-delà leur formalisme, les œuvres de Léa Barbazanges proposent enfin l’expérience d’une fragilité qui sensibilise à la précarité du vivant. Son esthétique filaire donne à cette volonté les moyens de s’exprimer, se déployant de l’échelle microscopique (cheveux, pissenlit, aiguilles de pin) au plus monumental (des fils de cristal de 2m70 de hauteur ou un fil d’ailes de mouche de 15m). A travers leur vulnérabilité, la plasticienne livre sa version de la vanité, formulée en réponse à l’érosion du lien de l’homme à son environnement. Dans ce plaidoyer tacite pour la richesse de la vie, le fil de soie d’araignée convoque l’image du tissage de l’existence, quand l’usage d’ailes d’insecte ou de peaux de poisson marque son intérêt pour tout ce qui résiste à la putréfaction. La minéralité même affiche sa vitalité propre, perçue à travers la mise en œuvre d’une proto-biologie cristalline ou de pierres réfractaires, roches survivantes, résistant à des températures extrêmes. A l’image de sa feuille de magnolia en décomposition sculptée dans une fine plaque de cuivre, Léa Barbazanges produit ainsi des formes aussi simples que fascinantes, à la force concrète et symbolique, par lesquelles elle réalise, à sa mesure, la définition de l’art comme lutte vitale, comme moyen de résister à la mort.

— Florian Gaité

  • RÉSIDENCES / PRIX expand_more expand_less

    2017
    Lauréate du Programme de recherche et de création Hors les Murs de l’Institut Français pour la «Permanent residence of Ural Industrial Biennial», Satka, Russie

    2016
    Résidence à la Cité Internationale des Arts, Paris
    Aide Individuelle à la Création, Pays de la Loire
    Résidence au L.A.C., Ste Marie aux Mines

    2015
    Résidence d’artistes à Issoudun

    2014
    Résidence d’artiste à Séoul, Corée du Sud
    Lauréate du prix de l’art contemporain pour une artiste femme - Prix Marie Claire avec la Fondation AWARE

    2013
    Aide Individuelle à la Création de la DRAC Alsace

  • EXPOSITIONS PERSONNELLES expand_more expand_less

    2016
    Études, L.A.C., Sainte Marie aux Mines, Galerie Graphem, Paris


    2015
    Maemi, Espace international, CEAAC, Strasbourg


    2014
    Galerie Xippas, Paris


    2010
    Un peu, beaucoup, Chapelle Saint Quirin, Sélestat


    2009
    Filandre, Espace Insight, Strasbourg


    2008
    Fils de cristal, Galerie des Projets, Strasbourg


    ⎿2006
    Essai libre, Espace Insight, Strasbourg

  • EXPOSITIONS COLLECTIVES expand_more expand_less

    2018
    HORS-CADRE, Galerie HORS-CADRE, Bastille Design Center, Paris

    2017
    A Fleur de peau, Drawing Now, Paris
    Votre âme est un paysage choisi, Kogan gallery, Paris

    2016
    198920072016, Galerie Papillon, Paris
    Drawing Now, Carreau du Temple, Paris

  • FORMATION expand_more expand_less

    2009
    Obtention du DNSEP, Ecole supérieure des Arts Décoratifs de Strasbourg

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