L’œuvre de Nelson Pernisco s’aborde à l’image des tiers-lieux qu’il investit, comme un espace de libre indiscipline où la réflexion critique motive la production de nouvelles utopies. De squats urbains en friches industrielles, le plasticien s’est sensibilisé aux moyens d’occuper des territoires, de bâtir des habitats et à la façon dont ils catalysent des ordres politiques. Son esthétique sèche, dans une certaine mesure brutaliste, tient à l'emploi de matériaux pauvres et récupérés, présentés comme les pierres de touche d’un monde peut-être déjà en ruines, au mieux en constant chantier. Empruntés à l’environnement urbain, au mobilier industriel ou à l’univers technologique, ces fragments disent dans son œuvre la précarité de l’époque et l’urgence d’en repenser les formes.

Ses sculptures et installations trahissent cette instabilité générale dont Nelson Pernisco travaille le motif. Les huit étais posés à l’horizontal de La quadrature suffisent à poser le constat global d’un basculement dans l’irrationnel des sociétés post-industrielles, d’un renversement des logiques et des rapports de force qui trouble leur équilibre. En réponse, il édifie des constructions précaires, parfois proches des cabanes — rampes de skate en béton, antre vaginal[1], sauna techno[2] ou coffrage impénétrable de bunker — qui échouent à offrir confort et protection. Si le sentiment de vulnérabilité y domine, il semble néanmoins compensé par la promotion de modes de vie alternatifs, comptant sur l’insouciance du jeu et la vie en communauté pour repenser les relations sociales. Les références aux drogues récréatives ou à des sextoys monstrueux renvoient en ce sens à des mutations biopolitiques qui constituent à la fois une conséquence délétère des métamorphoses du monde et la promesse salutaire d’un sursaut de vie.

À ce sentiment d’insécurité devenu tonalité de fond de l’époque, Nelson Pernisco oppose la résistance comme mode d’action concret. Trainer un meuble en métal du nord au sud de Paris ou éprouver l’étirement de son corps à l’aide d’un élastique intègrent la performance à ses protocoles de production quand le choix de matériaux tenaces en redouble l’intention. En seconde lecture, cette opposition physique est renvoyée à une dissidence d’ordre politique. Témoin du glissement de la « société de l’enfermement » vers celle « de contrôle », de la discipline d’Etat vers la surveillance généralisée, le plasticien cherche à renverser symboliquement les processus de coercition par lesquelles les sociétés néolibérales et les gouvernances de l’état d’urgence musèlent les individus. En retournant un dispositif de surveillance contre les policiers ou en associant le drapeau français à un bouclier antiémeute, le plasticien s'empare ainsi des outils du pouvoir pour réarmer le projet émancipatoire de l’art.

Son goût pour les matériaux brûlés, les compressions d’objets et les compositions chaotiques motive enfin le choix d’une plasticité destructrice, procédant par effacement ou destruction de formes initiales, juste réponse apportée à la violence de l’environnement contemporain. De trainée de poudre en cocktails Molotov, de rebuts industriels calcinés en formes vides, Nelson Pernisco active dans son œuvre le langage formel d’un véritable plastiquage des volumes et des espaces, souvent traité avec un humour qui en déjoue la vision d’angoisse. Cette distance ironique offre en effet un contrepoint à la poésie nihiliste des titres, expression d’une mélancolie face au délabrement du monde et à sa nécessaire entropie. Le sablier déconstruit de Le commencement et la fin, la tombe creusée à même la neige de La poussière de l’heure et la cendre du jour, ou les ventilations toxiques de Temps, mort constituent en ce sens les vanités d’un monde post-humain à l’état germinal, l’indice que le recouvrement de l’homme par la technique menace pleinement son devenir.

— Florian Gaité

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[1] POINT G., 2013. Réalisé en collaboration avec Florian Dezileau.
[2] KIUASKIVI, 2016. Réalisé en collaboration avec Guillaume Gouerou, Simon Nicolas, Basile Peyrade, Maxime Fourcade.

  • EXPOSITIONS PERSONNELLES expand_more expand_less

    ⎿2017⏋

    DU TEMPS DONT JE SUIS FAIT, Wonder/Liebert, Bagnolet, France

    DE LA SURVEILLANCE AUX SURVEILLÉS, Barreaux, project space de la revue Le Chassis

    ⎿2016⏋

    TO SEE, NOT TO SEE. TO HEAR, NOT TO HEAR. EXHUME, INHUME. BnA gallery in Tokyo, Japan

    ALL COPS ARE BEAUTIFUL,  «71b», Paris

    ⎿2015⏋

    Les nuits Paris, une commande de la ville de Paris, Place de la République

    ⎿2013⏋

    NEPOS, au Point G, Paris

  • EXPOSITION COLLECTIVES expand_more expand_less

    ⎿2018⏋

    HORS-CADRE, galerie HORS-CADRE, Bastille dESIGN center, Paris, France

    ⎿2017⏋

    Kiuaskivi (sauna chaud, techno froide), Hotel Pasteur à Rennes, France

    LO GARS D’ICY, the Wonder/Liebert, Bagnolet, France

    L’IDIOT, 6B, Saint Denis, France

    GENIUS LOCI, Wonder/Liebert, Bagnolet, France

    LA CONVOCATION, l’Ourcq Blanc, Paris

    NO WAY / HIGH WAY, Maelle Gallery

    RÉALITÉ, galerie Christophe Gaillard

    KIUASKIVI,  Glassbox Gallery, Paris

    DIRTY PEPAX, les «Lundis du Pavillon du Palais de Tokyo» , Wonder/Liebert, Bagnolet, France

    MERCI LA NUIT, T2 galerie, Paris

    L’URBAIN, Galerie Épisodique, Paris

    LE QUATRIÈME SEXE, galerie Le Cœur, Paris

    ​CULTURE ET DÉSOBÉISSANCE, conférence au Carreau du Temple

    ⎿2016⏋

    IT’S A DREAM, centre d’art Arondit, Paris

    RUN RUN RUN, Centre d’Art de la Villa Arson, Nice

    PAVILLON DE L’EXIL, un commissariat de Mounir Fatmi à l’occasion de la YIA ART FAIR 2016,  Exposition dans la cour des archives national

    GENEROSITY, galerie XPO, Paris

    PANSPERMIE, avec le Lazer Quest au Wonder, Saint Ouen, France

    TEMENOS, Écuries, Paris

    DU SANG, DU LABEUR, DES LARMES ET DE LA SUEUR,  Wonder, Paris

    LES INTRUS #2, TROUBLE DANS L’HABITAT, à «La maison des arts de Malakoff»

    287 Chemin de la madrague-ville, Marseille, France

    À L’ENVERS, à l’intiative du collectif Dérive, Paris

    PAPOPITCH #4, Conference performée à «l’Oberzinc», Paris

    EN{JEUX}, à «l’Atelier Mondineu», Pré Saint-Gervais (France)

    ARTAGON II, au «Passage de Retz», Paris

    ⎿2015⏋

    LE SOLEIL, LE TEMPS ET LE FEU, à « Champ Libre » à Pantin (FR), sur un commisariat de Andy Rankin

    Ponctuations, L’Amour, Bagnolet, France

    INSTALATION, Manutention, Paris

    INDUSTRIES, à L’Amour, Bagnolet, France. (Comissariat et exposant)

    ⎿2013⏋

    With god or not, l’espace Quinzequinze, Paris

    Le noël d’Habitat 1964, à l’espace Habitat 1964, à St Ouen

    Nomade UTOPIA, Carrousel du Louvre, Paris

    Dynamo / La nuit des musées, Grand Palais, Paris

    Skateboard, l’espace Le Huit, Paris

  • ASSOCIATIONS expand_more expand_less

    Creation et présidence de l’association LE WONDER, en charge du WONDER/LIEBERT à Bagnolet

    Creation et présidence de l’association TREL, en charge du WONDER à St Ouen (fermé en decembre 2016)

    Membre actif de l’association C.A.A.O.U. En charge de L’Amour à Bagnolet (fermé en 2016)

    Membre de l’association lePointG, en charge du Point G (fermé en 2014)

  • PUBLICATIONS expand_more expand_less

    Tafmag vol 2 : Bublle gum, 128p ; 400ex ; Été 2017
    L’art & ses objets, 124p ; 500ex ; Mai 2017
    Le Monde, 27p ; 260 000ex ; Février 13 2017
    AMA, 75p ; 10 000ex ; Octobre 2016
    Artaïssime Review, 20p ; 3 500ex ; Octobre 2016
    Flofferz issue 002, 244p ; 200ex ; Octobre 2016
    Point Contemporain issue 001 ; 28p ; 500ex Avril 2016
    Wonder Catalog, 16p ; 400ex ; Juin 2015
    INDUSTRIES catalogue d’expostion, 85p ; 200ex ; Février 2015

  • PRIX ET RÉSIDENCES expand_more expand_less

    ⎿2017⏋

    Premier lauréat du concours la convocation, printemps 

    ⎿2016⏋
    Résidence RUNRUNRUN, Centre d’Art de la Villa Arson à Nice

    ⎿2015⏋
    Finaliste du concours Artagon II

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