L’oeuvre d’art est une terre fertile pour qui cherche un refuge à son intimité. Évidemment pour l’artiste, à qui on réclame souvent d’y mettre ses tripes, mais qui permet également au regardeur de trouver en elle un asile pour ses propres ressentis. La poésie éclôt lorsque des souvenirs et des émotions qu’on croyait personnelles viennent s’épanouir dans le travail d’un autre. C’est cette rencontre que Clara Rivault initie en chacune de ses pièces. Car s’il peut sembler introspectif, son travail convoque en fait un lexique universel, moteur de récits collectifs qui s’amoncellent en poèmes. Ses pièces font appel à des souvenirs personnels mais aussi à des témoignages de proches ou de personnes qui le deviennent.


Ici, il faut par exemple tendre l’oreille, découvrir cette voix hésitante, qui tâtonne dans un esprit vaporeux où les souvenirs se cachent derrière la maladie d’Alzheimer. Cette pièce sonore — La Main — est le récit d’une femme âgée qui a découvert alors qu’elle n’était qu’enfant, la main de sa mère, inerte, sous les ruines de sa maison. Cette main, l’artiste nous laisse l’imaginer, la conscientiser, si bien qu’elle devient en nous une sculpture mentale. Quel choc donc de découvrir, projetée au sol, la photo des ruines en question qu’il est nécessaire de fouler pour poursuivre notre chemin. Ces gravas ont été semés dans notre esprit par cette voix, et résonnent ici gravement avec ceux que nos conflits contemporains engendrent. La performance Mastaba, si elle aborde un sujet bien moins lourd, suit néanmoins rigoureusement cette même logique expansive. Clara Rivault emploie ici le sable comme archétype de l’éphémérité temporelle et comme symbole de l’enfance : il est à la fois cette poudre qui glisse dans les courbes du sablier, mais également l’effigie de ces après-midis passés à ériger de vaines constructions sous un soleil de plomb. La chute réside dans la manière dont Clara Rivault contorsionne le temps. En présentant dans ce tas de sable un trou béant, évidemment vaginal, elle crée une tension dérangeante, précipitant l’insouciance vers sa chute. L’ambiguïté devient alors tangible, elle happe le spectateur.


Et c’est ainsi dans chacune de ses pièces. Quelles soient des performances, des vidéos, des sculptures ou des photographies, toutes font coïncider les opposés et créent l’androgynie. Le chant des soupirs, vidéo dans laquelle on devine la main masculine et abimée d’un souffleur de verre qui délicatement caresse le cristal est ensorcelante : le verre délicat soupir sous la fermeté d’une main amochée, c’est un accouplement interdit impossible à désavouer. La promesse d’une promesse, deux doigts de bronze qui se lient et se délient dans le creux de notre main est aussi une valse envoutante que le spectateur mène cette fois à sa guise. Les deux membres, symboles d’un accord que l’on peut rompre à tout moment, sont froids, inertes et lourds. L’endroit de leur scission est lisse, polie, au point que la matière emporte le reflet de notre visage comme le ruisseau arrachait ses traits à Narcisse. Il faut regarder, toucher pour mieux se voir, apercevoir toutes ces promesses que la vie a voulu caduques. Et là encore, c’est le vertige. Dans chacune de ses pièces Clara Rivault pénètre en fait l’espace dichotomique des éléments pour y insérer une violente poésie à laquelle, il est difficile de résister.


— Camille Bardin

©HORS-CADRE

  • FORMATION expand_more expand_less
    ⎿2019-2020⏋

    Résidence artistique « Post-diplôme », Limoges
    « La Céramique Comme Expérience »
    avec l’artiste Michel Paysant

    ⎿2016-2018⏋
    ENSAV, La Cambre, Bruxelles
    Atelier : Sculpture, Diplômée avec la grande distinction
    Nominée «coup de coeur» de l’ENSAV

    ⎿2013-2016⏋
    ESBAMA, Beaux Arts, Montpellier
    Diplômée «DNAP»; Mention : Qualité des oeuvres et mise en espace

    ⎿2012-2013⏋
    Les Arcades, Paris
    Classe préparatoire aux écoles d’arts supérieures

  • EXPOSITIONS COLLECTIVES expand_more expand_less
    ⎿2019⏋
    « ArtVilnius19 », Art Fair, Vilnius, Lituanie
    Galerie Hors-Cadre, Focus France

    « Mulhouse019 », Mulhouse, France
    Biennale de la nouvelle scène artistique de création contemporaine

    « Anywhere but HERE 2 », La Châtaigneraie, Centre Wallon Art Contemporain, Liège
    Exposition et performance, Commisaire d’exposition : Justine Mathonet


    ⎿2018⏋
    « Anywhere but HERE », Le Musée d’Art Contemporain de Szczecin, Pologne
    «Groupshow» avec Johan Muyle et Michael Dans

    « ARS (EST) Celare ARTEM », Greylight Projects, Bruxelles
    Exposition des masters diplômés, La Cambre 

    « Aussi pâle que le plafond du living », exposition à la Maison des Arts, Bruxelles
    Commissaire d’exposition : Marie Papazoglou (Le Botanique) 


    ⎿2017⏋

    « Soli Sol Soli », exposition à la Maison des Arts de Bruxelles avec l’artiste Johan Muyle
    Exposition «Groupshow», commissaire d’exposition : Nancy Casielles (Le BPS22)

    « THE GREATEST PIECE OF ADVICE I CAN’T GIVE », exposition dans un bâtiment industriel «Brasserie Atlas», Bruxelles


    ⎿2016⏋
    « Le Château de Castries », exposition, ESBAMA, Montpellier Exposition
    Commissaires d’exposition : Gregory Niel et Laetitia Delafontaine

    « Where is my Hacienda ? » avec l’artiste Bruno Peinado,(Manchester United/MRAC Sérignan) Exposition, performance, docu-fiction Suivie du projet pour le Festival «Dernier Cri», curatrice Edith Rolland, Montpellier

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