At bay


L’oubli nous ramène au présent, même s’il se conjugue à tous les temps : au futur, pour vivre le commencement ; au présent, pour vivre l’instant ; au passé, pour vivre le retour ; dans tous les cas, pour ne pas répéter. Il faut oublier pour rester présent, oublier pour ne pas mourir, oublier pour rester fidèle.

Marc Augé – Les Formes de l’oubli (1998).

Laura Garcia-Karras définit ses peintures comme des espaces silencieux. Au creux du silence s’installe une réflexion à la fois picturale, philosophique et poétique principalement basée sur le temps. Enfant, elle se souvient d’une sensation incroyablement puissante. Elle saisit de sa main un fossile, à ce moment, elle est pleinement consciente de littéralement porter le temps incarné par la petite pierre. Elle tient une construction naturelle, le moulage minéral d’une forme vivante, végétale ou animale, dont l’empreinte a traversé le temps pour se retrouver dans sa main. Une sensation, proche du sublime, qui est aux fondements d’une recherche physique, conceptuelle et plastique. Dans cette quête, la représentation de la nature y trouve une place centrale pour se confronter à différentes problématiques comme la tradition et la modernité, la figuration et l’abstraction, la mémoire et l’oubli, le visible et l’invisible, le vide et le plein. Des notions que l’artiste travaille non pas dans une éternelle opposition, mais plutôt avec l’ambition de les imbriquer dans une recherche fluide et incluante.

L’artiste a fait le choix de la peinture à l’huile pour le temps qu’elle réclame et la liberté qu’elle autorise entre les temps de séchages. Laura Garcia-Karras affectionne aussi sa matérialité, son odeur et la sensualité qu’elle implique entre son propre corps et la toile. Elle entretient ainsi une relation physique aux œuvres auxquelles elle accorde un temps long. Pour cela, elle applique des protocoles de travail donnant lieu à des séries différentes : tantôt maîtrisées et figuratives, tantôt intuitives et abstraites. Le fond coloré uniforme ou dégradé est une base commune aux deux méthodes. Pour la première, le fond est ensuite peuplé d’images et de gestes. Une première image, puis, s’en suit une multitude de couches et de filtres pour faire remonter et disparaître plusieurs éléments. Les motifs végétaux et autres images – complètement ou partiellement dissimulées – sont réalisés avec minutie. Ils participent d’une contamination extrêmement réfléchie de l’espace de la peinture. Pour la seconde, les gestes sont libérés, spontanés, rapides, ils relèvent de l’intuition, de l’énergie du moment. Pour l’une ou l’autre approche, l’artiste apporte un soin particulier à la couleur et à la lumière. Les couleurs sont sélectionnées pour leurs pouvoirs de contrastes, les rapports chromatiques y sont intenses et irréels. Des choix plastiques qui participent d’une refabrication d’une représentation du vivant et d’une mise à distance avec le réel tel que nous le percevons.


Une représentation apparemment plane, puisque la matière est très peu présente à la surface des œuvres. Nous devons chercher les couches successives, les gestes et les images fantômes, ensevelis sous les différentes strates de matière lissée. Si la nature est un sujet en soi, elle représente aussi un prétexte pour l’artiste qui élabore davantage des espaces de projections et de fouilles. À travers eux, elle pose la question de l’oubli, de l’apparition, du statut et de la temporalité des images. Ce que nous voyons est aussi important que tout ce qui nous échappe. La représentation du vivant (arbres, branchages, fleurs, feuillages) traduit alors notre rapport déstabilisé aux images. Chaque jour nous sommes en présence de flux immenses, intempestifs, violents et incessants d’images dont nous ne percevons plus vraiment les détails, le sens et la portée. Inquiète de cette mise à distance, Laura Garcia-Karras injecte de la lenteur et de l’espace dans ses peintures. Les filtres, les couches et les masques, visibles et invisibles, produisent de la profondeur, du mystère et du silence, une respiration précieuse.


— Julie Crenn

  • LAURA GARCIA-KARRAS expand_more expand_less

    Née en 1988 à Paris (France)

    Vit et travaille à Paris

  • FORMATION expand_more expand_less

    ⎿2015⏋

    Diplôme / Degree DNSAP Ecole Nationale Supérieure des Beaux arts de Paris


    ⎿2013 - 2015⏋

    Atelier Dominique Gauthier, Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris

    Formation vidéo, Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de paris. 

    Formation Son, Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris

    Formation lithographie, Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris

    Formation sérigraphie, Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris


    ⎿2012⏋

    Option peinture, La Cambre, Belgique


    ⎿2009 - 2012⏋

    Etudes supérieures section peinture, La Cambre, Bruxelles

    Stage en cinéma d’animation

    Stage en céramique « la Cambre », Belgique


    ⎿2007 - 2008⏋

    Préparation aux grandes écoles d’art appliqué aux Ateliers de Sèvres


  • EXPOSITIONS PERSONNELLES expand_more expand_less

    ⎿2017⏋

    Beirut art Fair, Solo show Le cabinet d’histoire naturelle, le musée et le casino 


    ⎿2016⏋

    Le désir du requin-marteau, Galerie Comparative, Paris

    Exposition de diplôme, Ecole Nationale des Beaux-arts de Paris


  • EXPOSITIONS COLLECTIVES expand_more expand_less

    ⎿2017⏋

    Gaspare manos, collectionneur #2, Musée des Beaux-arts Saint-lô


    ⎿2015⏋

    Family matters, Galerie De la Charge, Bruxelles

    Selective memories, Griffin Gallery, Londres


    ⎿2014⏋

    Another smell, résidence Hjalteyri, Islande.


    ⎿2013⏋

    Colloque « puisqu’on vous dit que c’est possible », Tanger (Maroc)

    Installation Sol lewitt, Galerie edouard-manet, Gennevilliers


    ⎿2012⏋

    Workshop « FeeD », La Cambre, Bruxelles


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