GALERISTES 2020, Paris

Avoir un oeil est essentiel pour identifier les bons artistes. Le contact visuel n’est pas superflu pour vendre leurs oeuvres. Après une phase expérimentale, la fondatrice de la galerie Hors-Cadre a éprouvé les limites d’une galerie online. «Pour des pièces d’art contemporain, la matérialité de l’oeuvre est essentielle et la médiation du galeriste est souvent décisive», admet Manon Sailly. De sa première impulsion, la jeune galeriste conserve toutefois la base: l’espace d’exposition immaculé, conçu pour mettre en valeur l’ego du galeriste et décourager les amateurs novices ou impécunieux, n’est pas sa tasse de thé. En revanche, elle maintient qu’il y a meilleur usage à faire de son capital —et de son temps— que le brûler dans le loyer d’une boutique où elle attendra le chaland. Avec une double formation en gestion-droit et histoire de l'art, assortie de deux mémoires orientés vers les nouveaux médiums et les marchés émergents, l’audacieuse ne se paye pas de mots. Virtuelle, non, nomade, oui!

«J ’ai de la chance: j’ai 30 ans et je fais ce que j’aime faire!». S’appesantir sur les sacrifices et la dureté des temps, très peu pour elle. Manon, qui assure ses arrières en épaulant une marchande d’art moderne de quarante ans son aînée, prospecte, écume les écoles d’art, visite les ateliers, et conçoit des expositions: parfois sur rendez-vous dans son salon à Pigalle, plus souvent dans des espaces éphémères au Koweït, en Lituanie, en Russie, ou encore des lieux atypiques qu’elle investis à Paris (dernièrement, un showroom de designer et le bâtiment industriel du Bastille Design Center).

Auprès de Fabienne Leclerc, puis d’André Magnin, la jeune passionnée d’art, du Gers venue, a vu comment se nouait avec les collectionneurs le lien de curiosité. «Les embarquer dans un stockage, leur faire rencontrer un artiste dans son atelier, ou les accueillir pour une présentation des oeuvres dans un appartement, ce sont des moments qui marquent et débouchent sur des ventes!», estime-t-elle, fière d’avoir vendu des pièces aussi bien à un grand manitou new-yorkais qu’à des primo-collectionneurs parisiens devenus fidèles.

Paradoxalement pour une galerie tremplin, ce sont surtout les jeunes fraîchement émoulus des écoles d’art qu’il faut savoir convaincre des vertus d’un modèle nouveau, plus dynamique, ouvert, collaboratif. Mais faute d’avoir une adresse, Manon Sailly ne manque pas d’adresse, et argumente: «Instagram leur donne l’illusion de promouvoir leurs oeuvres sans intermédiaire, même quand ils ne savent pas calculer la TVA. Il faut qu’ils en fassent l’expérience pour comprendre que le temps consacré à l’expédition, par exemple, est du temps perdu pour la création!». Sa connaissance affûtée des modèles digitaux, mise au service du relai de la scène contemporaine française y compris à l'étranger, fait alors la différence. En outre, la concentration des moyens sur la production, ainsi qu’une aisance évidente pour traduire l’intelligence des gestes artistiques, sont mises au crédit de la galeriste nomade. Le «lien», basé sur une compréhension du travail des artistes et une volonté de les faire connaître, remplace alors la symbolique du «lieu».

Portrait réalisé par Daniel Bernard



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